Les secrets de fabrication d'Anaïs Vaugelade

« Dès le début de l'écriture, je me suis rendu compte que ce livre allait être touffu. J'ai voulu qu'il puisse être lu de deux façons, continue ou discontinue.
Dans le texte qui court en bas de la page, j'ai mis tout ce qui est nécessaire pour faire avancer l'histoire. Si on ne lit que ce texte, on peut parcourir le livre d'une traite, en continu, donc. Par exemple, le soir avant d'aller se coucher.
Mais, si on a plus de temps, on peut aussi choisir d'explorer le détail de chaque planche et lire (de façon discontinue) les différents cartouches, les anecdotes, les précisons... »
pp. 10-11
« En se promenant dans l'image, les enfants remarquent que les informations n'ont pas toutes le même statut : les encadrés scientifiques sont en jaune, du même jaune que l'Encyclopédie apportée par le personnage du crocodile. Les autres informations sont dans des bulles, ce sont les commentaires des personnages, les précisions scientifiques, les comparaisons, les blagues. »
pp. 14-15
« Sur cette planche, par exemple, le crocodile explique comment la peau repousse pour réparer un bobo. Une cicatrice correspond à de la peau qui a trop repoussé. Un des personnages demande si les bébés sont un bout de maman qui pousse, jusqu'à se détacher pour faire un deuxième être... Les autres se moquent de lui, sauf la plante verte, Mme Ficus : oui, effectivement, les « bébés plantes » peuvent naître d'une bouture, c'est-à-dire d'un bout de « maman plante ». Cette remarque va amener à parler de reproduction, sujet inévitable dans un livre d'anatomie... »
pp. 38-39
« Sur la planche suivante, consacrée à la procréation, on remarque que tout est tiré de l'encyclopédie. Personne ne fait de commentaires, tout le monde écoute, sauf Zuza qui se bouche les oreilles. »
pp. 40-41
« Au démarrage du projet, je me suis demandé comment faire pour avoir la bonne distance avec tous les sujets délicats qu'il me faudrait aborder. J'ai imaginé que les contenus scientifiques seraient apportés par l'un des personnages, le crocodile, lequel puiserait son savoir dans une encyclopédie non humaine : l'encyclopédie « Crocodilis ».
Un zizi « de crocodile », par exemple, c'est moins embarrassant à dessiner qu'un zizi humain. Anatomiquement parlant, c'est le même zizi, simplement je l'ai colorié en vert. Ce qui m'a permis d'ajouter à la fabrication de ce grand frère des parenthèses sur l'anatomie comparée. »
p. 40
« J'avais imaginé d'écrire ce livre avec l'aide de Lucille Moriceau, une amie qui est docteur en biologie. Lucille me relisait et elle relevait ce qui, dans ma “stylisation”, pouvait induire en erreur. Par exemple, sur la page du sang, comme il fallait mettre en avant la fonction « transport » du réseau sanguin, j'avais choisi de faire figurer les cellules sanguines en “routiers du sang”. Elle a objecté : mes petits routiers induisaient la notion de cellules autonomes, libres de leurs mouvements, comme dotées d'un moteur propre, ce qui est évidement faux : c'est le cœur qui, en pompant, fait circuler le sang. J'ai donc ajouté un cartouche d'explication pour mettre ça au clair : celui avec la paille et le principe des valvules. »
p. 30
« Je ne les avais pas prévues dans mon storyboard initial, mais, en cours de travail, j'ai décidé d'ajouter des pages récapitulant le contenu des pages précédentes. Ces pages de récapitulation me permettraient aussi d'aller un peu plus loin dans mes exemples et de faire une synthèse. »
pp. 22-23
« Ici, par exemple, après avoir utilisé le terme de “grains” sur la page de la respiration (pour expliquer l'oxygène), sur la page du sang et celle de la digestion, il m'a semblé qu'il était temps de nommer et de classifier ces différents grains.
J'adore la définition de la cellule, elle ressemble à une devinette, je n'ai pas résisté à l'envie de la faire figurer sur la page...
D'une manière générale, dans ce livre, j'ai toujours freiné l'usage du vocabulaire scientifique. D'abord j'explique comment ça marche, ensuite je dis comment ça s'appelle... »
pp. 42-43
« C'est un livre qui a été long à faire, je ne l'ai pas dessiné d'une traite, c'est un assemblage. J'ai travaillé chaque cartouche d'explication et de commentaire comme une pièce détachée du reste, et comme je n'ai pas toujours trouvé la bonne figuration du premier coup, ça faisait des masses de petits papiers…
Je commençais chaque page par le cadre, un grand dessin, comme une scène de théâtre fixe, dans lequel je disposais le grand frère en cours de construction, les objets du bricolage, puis j'essayais mes différents cartouches, je rectifiais, je supprimais... »
Travail préparatoire d'Anaïs Vaugelade
« L'envie de ce livre d'anatomie m'est venue sans idée particulière d'un personnage précis.
Je me souviens d'une première version assez ennuyeuse où il était question d'un petit garçon et d'un docteur Nounours : tous les échanges entre les personnages sonnaient "petit prof".
Du jour où je me suis dit : « Et si c'était Zuza et son crocodile ? » [ndlr cf. la série des Zuza d'Anaïs Vaugelade)... tout s'est débloqué. Comme Zuza a déjà son petit monde à elle et son fichu caractère, il n'y avait qu'à la laisser évoluer, comme une actrice à qui on donne un rôle. »
pp. 12-13
« Zuza m'a souvent imposé le rythme du récit – par exemple quand, à la fin, ulcérée de s'être vu infliger des explications sur la procréation, elle décide de ne plus écouter personne. Le crocodile continue sa lecture de l'encyclopédie, mais elle s'en fiche, et conclut au pas de charge. C'est tout Zuza, ça. »
pp. 44-44

Illustrations et textes : Anaïs Vaugelade
Sur une idée de Sylvie Dodeller